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 Les ailes brisées - second chapitre

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schumarette
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MessageSujet: Les ailes brisées - second chapitre   Mar 25 Sep - 0:09

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— Quand je pense que nous devons nous rendre à ce barbecue annuel...
— Eh oui, mais nous n’avons pas le choix, grimaça Manon qui se désolait de perdre une soirée loin de son île.
— Quelle barbe ! Heureusement que nous serons toutes les deux.
— En plus, cette année, nous devrons supporter cette poseuse de Murielle.
— Seigneur, c’est vrai. Mais nous pourrons préparer notre mariage ! minauda Andréa, qui n’avait toujours pas digéré la réflexion désobligeante de cette pimbêche.
Les autres se levèrent pour reprendre le travail, et elles n’eurent guère d’autre choix que de les imiter. La semaine qui suivit fut grise, pluvieuse, et Manon souhaita de tout son cœur que le barbecue soit annulé. Malheureusement, le vendredi matin, un beau ciel bleu s’étalait au-dessus de Nantes et, en début d’après-midi, la température grimpa allègrement au-dessus des 20 degrés. Dès que la pendule marqua 17 heures, tous les employés se dirigèrent vers le parking pour prendre le chemin de la maison de campagne de monsieur Dubois, leur patron, où un chapiteau avait été installé pour l’occasion et où d’énormes barbecues grillaient déjà chipolatas et merguez. Sur différents tréteaux, le traiteur avait déposé des plateaux de petits-fours, ainsi que de gros saladiers givrés remplis de punch, qui n’attendaient que le bon vouloir du personnel et elles ne purent qu’admettre qu’il faisait bien les choses, malgré l’ambiance morose due au manque d’enthousiasme et de solidarité du personnel.
— Venez, mes amis, venez ! s’exclama-t-il en accueillant ses employés.
Andréa et Manon traînèrent un peu les pieds pour ne pas arriver les premières sous la tente, et elles furent récompensées lorsque le petit groupe, qui faisait les yeux doux à Murielle, les doubla en se faisant remarquer.
— Du punch ! Viens, Manon, on va s’en jeter un petit derrière la cravate.
— Andréa, tu exagères ! chuchota-t-elle, tout en s’amusant de sa réflexion.
— Un verre, Mesdemoiselles ? s’enquit le serveur qui ressemblait étonnamment à un pingouin.
— Bien sûr ! Et un grand ! affirma Andréa, une lueur coquine dans le regard.
— Andréa !
— Eh bien quoi ! Je meurs de soif et j’adore le punch ! Et puis, si je veux être capable de supporter cette soirée, il me faut au moins ça.
L’homme leur tendit deux verres remplis d’un beau liquide orangé et, tandis qu’elles se dirigeaient vers les sièges disposés là pour la soirée, Murielle les apostropha d’un air moqueur :
— Alors, les inséparables, on est de sortie ?
Agacée, Manon se retourna et s’apprêtait à répondre vertement lorsque le regard de l’homme à ses côtés, qui la fixait de manière indiscrète et embarrassante, la troubla profondément.
— Opaline...
Elle jeta un coup d’œil derrière elle, mais hormis Andréa, il n’y avait personne.
— Vous vous trompez. Moi, c’est Manon, rétorqua-t-elle un peu trop rudement sans doute, mais la présence de Murielle la rendait nerveuse.
— Ne me dis pas que tu connais cette fille ? croassa cette dernière, outragée.
— Un court instant, vous m’avez rappelé... une amie de longue date, répondit-il, ignorant sa compagne.
— Ce n’est qu’une méprise. Monsieur et moi n’avons aucune chance de nous être rencontrés car nos goûts divergent, la preuve ! grimaça-t-elle, en détaillant de haut en bas celle qui l’asticotait.
Elle les planta là, entraînant Andréa par le bras, pressée de s’éloigner de cette fille qui l’insupportait, mais surtout des prunelles de celui qui l’accompagnait.
— As-tu vu ce mec ? chuchota son amie. Quand je te dis qu’il est trop ! Tu vois, je ne te mentais pas !
— Pour t’avouer franchement, je n’y ai pas vraiment fait attention.
— Quoi ? Mais tu es aveugle, ce n’est pas possible ! Ce type est canon. Regarde donc ! Toutes les filles n’ont d’yeux que pour lui.
Elle remarqua que ses collègues lui jetaient des coups d’œil curieux ou envieux, alors elle le détailla pendant qu’il discutait avec monsieur Dubois. Il était assez grand, bien bâti, mais c’était surtout le magnétisme émanant de sa personne qui envoûtait. Son visage découpé, incontestablement masculin, affichait un air serein et elle ne put que reconnaître qu’il était vraiment beau, sans que ce jugement soit abusif. Ses cheveux noirs, coupés courts, son menton volontaire et ses traits parfaitement alignés le rendaient irrésistible, mais ce qui la déstabilisait le plus étaient ses yeux couleur émeraude.
— Tu m’écoutes ? demanda Andréa.
Rougissante, elle sursauta, perdue dans ses pensées :
— Quoi ?
— Je te disais que j’ai hâte d’être en septembre pour ne plus voir cette idiote.
— Moi aussi ! D’ailleurs, si je m’écoutais, je partirais sur-le-champ. En tous cas, faisons notre possible pour nous tenir loin d’elle ce soir.
Le dîner débuta enfin et Manon tint sa promesse, s’en allant systématiquement à l’opposé de l’endroit où se trouvait Murielle. Mais au fur et à mesure qu’avançait la soirée, un insidieux mal de tête enserra ses tempes. Au bout d’un moment, n’y tenant plus, elle informa Andréa qu’elle se rendait aux toilettes, où elle arrosa son front d’eau fraîche pour apaiser la brûlure, mais au lieu de revenir près de son amie, elle s’éloigna à l’écart de la foule qui, excitée par l’alcool et la nourriture, cancanait de plus en plus fort, tandis que les rires et les cris s’enfonçaient plus profondément dans sa tête douloureuse. Elle repéra un petit banc de pierre qui faisait face à un parterre de roses aux couleurs variées, et elle y prit place, espérant qu’un court isolement lui offrirait un moment de répit.
— Tout va bien ? demanda une voix aux accents graves et chauds.
À la réaction épidermique qui courut sur sa peau, elle devina immédiatement qui lui adressait la parole, pourtant elle répondit sans le regarder :
— Je cherche juste un peu d’intimité.
Un léger silence s’ensuivit et elle pria pour qu’il s’éloigne, mais il continua.
— Ces soirées sont souvent pénibles, n’est-ce pas ?
— Oui, surtout lorsque l’on est obligé d’y participer... et de tenir la conversation à de parfaits inconnus.
Il se plaça devant elle pour cacher les fleurs qu’elle fixait afin de ne pas le regarder, puis se pencha légèrement, juste assez pour qu’elle y soit obligée :
— Je m’appelle Robyn... Robyn Lavoie. Et vous êtes... Manon, c’est bien ça ?
— Oui, soupira-t-elle, en levant les yeux sur lui. Manon Lemieux.
Son regard s’amarra au sien et un curieux sentiment s’empara d’elle. Elle n’entendait plus rien, ne voyait plus rien que cette étendue verte et attirante où elle plongea, sans s’en rendre compte. Seul le son de sa voix, occultant toutes les autres, lui parvint :
— Vous trouvez le temps long, n’est-ce pas ? Où aimeriez-vous vous trouver ?
— Là où je devrais être, si ce barbecue n’était pas obligatoire, s’entendit-elle répondre.
Subitement, l’océan fut là, roulant et déroulant ses vagues à ses pieds. L’homme attesta, en souriant :
— Je suis totalement d’accord avec vous, nous sommes mille fois mieux ici. Si on marchait ?
Il captura sa main pour la guider en direction du pont, avançant à pas lents et mesurés, comme s’il redoutait qu’elle ne le suive pas. Abasourdie, elle était incapable de parler, se demandant par quel miracle elle se trouvait sur sa plage, les pieds dans l’eau et ses sandalettes dans la main gauche, tandis que la droite était tendrement emprisonnée dans celle de ce magicien qui avait exaucé son vœu.
— On avance ? insista-t-il, en esquissant une moue irrésistible.
Subjuguée, elle lui emboîta le pas, incapable d’admettre la réalité. Ils marchaient main dans la main, tandis que le soleil sombrait lentement dans l’océan pour recouvrir sa surface d’une couleur dorée et teinter de rose le ciel qui s’enflammait. Curieusement, elle se sentait délicieusement bien et n’éprouva pas le besoin de parler ou de se justifier, appréciant simplement le plaisir de se promener au bord de l’eau, ainsi que la douce chaleur qui émanait de la main de l’homme.
— Vous aimez cet endroit ?
— Oui, j’y viens depuis que je suis toute petite. J’aime sentir la mer, l’entendre, la voir... elle est mon refuge, ma planche de salut... Vous trouvez ça stupide, n’est-ce pas ?
— Pas du tout.
— Dites-moi, comment pouvons-nous être ici ? C’est... impossible.
— Peut-être n’y sommes-nous pas ?
— Je rêve, c’est ça ? Je me suis endormie sur ce banc.
— Retournons là-bas, ils nous cherchent.
Subitement, le brouhaha brisa le calme absolu et elle se retrouva assise sur le banc, tandis que l’homme se tenait toujours en face d’elle.
— Êtes-vous hypnotiseur ?
— Absolument pas.
— Alors comment avez-vous fait pour...
— Quelquefois, il suffit de vouloir fortement une chose pour qu’elle se réalise.
— Manon, où étais-tu ? Cela fait dix minutes que je te cherche.
— Là... j’étais là...
Gênée, elle retira sa main de celle de Robyn et il sourit discrètement, en la saluant :
— Merci pour ce délicieux moment.
Puis, ses pieds semblant à peine toucher le sol, il s’éloigna pour rejoindre Murielle qui l’appelait.
— Eh bien, pour une fille qui le trouvait bof...
— Je n’ai rien fait ! protesta-t-elle.
— J’ai rêvé ou ta main était dans la sienne ?
— Non, nia-t-elle en rougissant, il me disait juste au revoir.
Elle n’en revenait pas, elle mentait à Andréa, sa meilleure amie... et pour qui ? Pour un étranger qu’elle ne connaissait même pas. Mais comment expliquer qu’elle lui ait autorisé ce geste ? Manon s’en voulait de s’être ainsi abandonnée auprès de cet inconnu. Elle, d’ordinaire si réservée et si prudente, ne se reconnaissait pas.
— Partons, Andréa ! J’ai une migraine pas possible et j’ai vraiment hâte de retrouver mon lit.
Deux mensonges en une minute. Mais que lui arrivait-il ? Curieusement, son mal de tête s’était miraculeusement envolé et elle ne chercha pas à se l’expliquer, cette soirée étant définitivement irréaliste. Sur le chemin du retour, Andréa lui raconta quelques anecdotes qu’elle avait récoltées, çà et là, mais Manon, incapable de se concentrer, ne l’écoutait pas.
Arrivée chez elle, la jeune fille sauta sous sa douche, pressée de se coucher. Elle avait fini par trouver une explication logique à son délire. Une énorme migraine pouvait être hypnotique, et c’était précisément ce qui lui était arrivé. Manon apprécia la caresse de l’eau chaude qu’elle laissa couler longuement sur sa nuque. Lorsqu’elle arrêta le jet, elle essora ses cheveux en baissant la tête et découvrit avec stupeur une longue traînée de sable qui s’échappait de ses doigts de pieds pour s’écouler dans le siphon.
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